Utilisées de plus en plus largement pour se soigner, en cosmétique, et même en cuisine, les huiles essentielles sont pourtant loin d’être anodines.

Déjà, commençons par repréciser ce qu’est une huile essentielle. C’est un produit très concentré, obtenu par la distillation à la vapeur d’eau de végétaux. Seules les plantes qui contiennent des molécules aromatiques peuvent être utilisées.

Fun fact : A partir d’une tonne de plantes fraîches, on obtient seulement 10 kg d’huile essentielle pour une plante comme la lavande, et même moins de 80 g pour une huile essentielle de rose !
Ceci explique leur prix (méfiez vous des HE trop peu chères comme celles d’un célèbre site de cosmétique maison…), vous donne une idée de leur impact écologique (utilisez les avec parcimonie et en conscience) et de leur efficacité (soyez prudent).

Les HE sont très intéressantes, mais elles comportent d’éventuels risques et contre-indications. Je voulais les éclaircir pour vous aider à les utiliser à bon escient.

 

 

1 – Le nom correctement, tu liras

Selon leur origine géographique et surtout leur chémotype, les huiles essentielles n’ont pas les mêmes propriétés. Elles ne comportent pas non plus les mêmes indications ni les mêmes risques. Pour savoir comment les choisir, lisez bien le nom en entier.

Exemple : Vous avez les bronches prises et souhaitez utiliser une huile essentielle d’Eucalyptus. Ce n’est pas du tout la même chose si vous achetez de l’Eucalyptus Radiata (très doux, utilisable même chez les tous petits), de l’Eucalyptus Globulus (puissant, réservé aux adultes non asthmatiques) ou encore de l’Eucalyptus Citriodora/citronné (qui ne va pas du tout vous aider pour votre bronchite mais peut calmer un éventuel mal de dos, étant anti inflammatoire et relaxant musculaire).

Méfiez vous donc des conseils pas assez précis. Il est important d’avoir le nom latin complet de l’HE que vous souhaitez.
Achetez des huiles essentielles chémotypées, reconnaissables la plupart du temps par les mentions HECT et HEBBD.

 

2 – Du bio, tu utiliseras

Fiez vous aux labels tels que le label AB ou Nature & Progrès. Vous pouvez choisir du non labellisé si vous connaissez bien un petit producteur et ses conditions de production.

En effet, si la distillation concentre les molécules de la plante, elle va aussi concentrer les molécules de tous les pesticides ou engrais qui s’y trouvent. Pas franchement idéal…

 

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Photo by Ivan Jevtic on Unsplash

 

3 – Parcimonie, ton amie sera

Les huiles essentielles sont des produits très concentrés. Non seulement il est inutile d’en utiliser plus que nécessaire, mais cela peut aussi être agressif voire dangereux. Je reparlerai de toxicité plus loin, mais ce n’est pas le seul problème : il s’agit de produits qui peuvent être allergisants et la plupart des gens ont un seuil de tolérance. Si on les utilise à tort et à travers et trop fréquemment (cosmétique, diffusion en permanence pour l’odeur, etc), on peut atteindre ce seuil de tolérance rapidement et ne plus supporter aucune huile essentielle par la suite.
Ce serait dommage de s’en priver, au vu de leur pouvoir antibactérien et antiviral puissant !
Les plus allergisantes sont le laurier noble, les cannelles, l’inule odorante, le pin des landes, la carotte, la coriandre…

Jean Valnet, un des fondateurs de l’Aromathérapie moderne, disait à ce propos : “l’Aromathérapie est l’expression atomique de la Phytothérapie”.
Au quotidien, privilégiez lui donc des produits moins concentrés mais qui seront tout aussi efficaces si bien choisis (*) : tisanes, eaux florales, extraits de plantes sous forme liquide ou de gélules, gemmothérapie… Essayez de garder les huiles essentielles pour des problèmes plus importants. Autrement dit, elles ne sont pas nécessaires pour un rhume ou une petite gastro. Mais vous serez contents de les avoir en cas de grippe ou de tourista ! 😉

(* Je suis là pour vous si vous avez besoin de conseils en matière de plantes ou d’huiles essentielles.)

 

4 – Au public visé, tu t’adapteras

N’utilisez pas d’huiles essentielles chez les femmes enceintes, les femmes qui allaitent et les bébés (les animaux, aussi ! beaucoup sont toxiques pour chats et chiens) sans l’avis d’un professionnel formé en aromathérapie.
En effet, de nombreuses HE sont abortives ou possèdent une forme de toxicité.
Faites attention aussi aux enfants, aux personnes sensibles, allergiques et asthmatiques.
(Attention, en ce qui concerne les professionnels je parle d’une vraie formation. Par exemple, les conseillers des marques de vente directe d’HE -type doT*rra- n’ont généralement aucune connaissance en aroma en dehors du discours marketing parfois dangereux fourni par la marque, soyez vigilants).

Enfin, demandez conseil à votre médecin et un aromathérapeute pour toute prise d’huile essentielle si vous prenez un traitement anticoagulant, si vous souffrez d’une pathologie hormonale ou avez eu un cancer hormono-dépendant, si vous avez eu une greffe d’organe, si vous êtres atteint d’une maladie auto immune

Respectez avec soin les contre-indications individuelles de chaque huile essentielle, et testez systématiquement 1 goutte dans le creux du coude avant toute utilisation.

 

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Photo by Manuel Schinner on Unsplash

 

5 – Les toxiques des huiles essentielles, tu connaîtras

Une partie des huiles essentielles contient des molécules qui possèdent une certaine toxicité. Il est important de les connaître et de ne pas en abuser.
Les HE les plus toxiques d’une manière générale sont -parmi celles en vente libre- la gaulthérie, la menthe des champs, la sarriette, la girofle, le basilic, l’origan, l’estragon, le romarin camphré…

Les huiles essentielles contenant des cétones ou lactones sont toxiques pour le système nerveuxCes huiles essentielles sont interdites chez les femmes enceintes, qui allaitent, les enfants de moins de 7 ans, les personnes ayant des antécédents d’épilepsie. Elles doivent être utilisées avec précaution par les autres. Il s’agit des : hélichryse italienne, menthe poivrée, thuya, hysope officinale, sauge officinale, lavande stoechas, la plupart des romarins, lavande aspic, lavandin, coriandre..

Les huiles essentielles contenant des phénols sont toxiques pour le foie en cas d’excès.
Je vous conseille de les éviter autant que possible (il n’est généralement pas nécessaire de choisir des HE si puissantes dans les petits problèmes du quotidien) et de les utiliser seulement sur le conseil d’un professionnel de l’aromathérapie. Il s’agit des : cannelle, origan, girofle, basilic tropical, estragon, sarriette, serpolet, thym à thymol / eugénol / carvacrol…

Certaines huiles essentielles sont toxiques pour les reins en cas d’excès.
Ces huiles essentielles ne doivent pas être utilisées sur le long terme ou en quantité trop importante. On ne les utilise pas non plus en cas de fragilité / insuffisance rénale ou de pathologie rénale déjà présente. Il s’agit des : pins, sapins, genévriers, santal blanc, ciste, sarriette, agrumes, ravintsara, tea tree, lavande…

 

6 – Dans de l’huile, tu dilueras

A de rares exceptions près, on n’applique pas d’huiles essentielles pures sur la peau.

Les huiles essentielles sont liposolubles, elles ne se mélangent pas à l’eau. Par conséquent, on les dilue dans une huile végétale, en mélangeant correctement. On choisit une huile grasse (olive, amande douce…) si on a besoin d’une action en surface (problème de peau), une huile sèche (tournesol, sésame…) si on veut que l’HE pénètre.

Pour bien diluer, il va falloir faire des maths ! On utilise seulement 1% dans un produit cosmétique, 10% pour une action sur la circulation, les muscles ou les articulations. Une huile essentielle douce peut être utilisée pure à raison d’une goutte sur une veine ou un point stratégique (lavande vraie/fine/officinale, arbre à thé, bois de rose…), une huile essentielle pas trop forte peut être diluée à 50% et utilisée de la même façon.

 

goutte huile essentielle

 

7 – Ta peau, avec douceur tu traiteras

Première règle : pour éviter tout risque d’allergie, testez systématiquement 1 goutte d’huile essentielle diluée dans le pli du coude et attendez de voir si vous la supportez ou non.

Lorsque vous souhaitez qu’une huile essentielle agisse dans tout le corps, vous pouvez généralement en mettre une goutte -diluée ou non, voir point 4- sur les veines des poignets. Ainsi, elles pénètrent directement dans la circulation. Pour les troubles bronchiques, vous pouvez choisir le thorax à la place, et pour la détente le plexus solaire est un point idéal.

Pour des petits, choisissez plutôt la plante des pieds, pour éviter qu’ils touchent la zone et risquent du coup d’en ingérer ou s’en mettre dans les yeux.

Attention, on ne met JAMAIS d’huile essentielle sur et dans les yeux, le nez, les muqueuses et les oreilles. En cas d’otite, on peut en revanche en mettre autour de l’oreille. D’une manière générale, évitez autant que possible le visage (surtout autour des yeux !) et la tête (à cause de la proximité du cerveau).

Certaines huiles essentielles sont dermocaustiques, c’est à dire qu’elles peuvent irriter ou brûler la peau. On ne les utilise donc jamais sur des muqueuses, même diluées, et on les dilue systématiquement à maximum 10%. Il est strictement interdit de les ingérer, sauf sous forme de gélules gastro-résistantes.
Quelques exemples : cannelle, origan, sarriette, thym à thymol, thym à carvacrol, thym à eugénol, girofle

D’autres huiles essentielles sont photosensibilisantes, c’est à dire qu’après exposition au soleil la peau peut réagir : cloques, rougeurs…
Il s’agit principalement des agrumes, tels que citron, pamplemousse, orange, bergamote, mandarine…
Il ne faut pas s’exposer au soleil dans les 6h qui suivent l’application.

 

8 – Sans excès tu les respireras

Utiliser un diffuseur d’huiles essentielles est une bonne manière de purifier l’air d’une pièce en période de virus & cie ou de créer une atmosphère de détente chez soi. Cependant, même si ça sent bon, là encore il faut les utiliser à bon escient.

Bien aérer vos pièces quotidiennement même en hiver est déjà un bon moyen d’éviter la prolifération des germes. Il n’y a pas besoin d’utiliser des HE en permanence.

Diffusez 1 ou 2 mL d’une HE par sessions de 10 minutes 2 à 3 fois par jour –pas besoin de plus !-. Utilisez un diffuseur électrique qui ne chauffe pas. Ne diffusez jamais en présence d’enfants, de votre chien ou chat ou de personnes asthmatiques ou allergiques.
Demandez conseil pour savoir quelles huiles essentielles se prêtent à la diffusion car ce n’est pas le cas de toutes.

Quelques exemples d’huiles essentielles à diffuser : arbre à thé ou citron pour purifier l’air en hiver, citronnelle de Ceylan pour combattre les odeurs de moisissure et de renfermé dans une pièce, bois de rose ou géranium rosat pour la détente… Ces exemples sont sans risque du moment que vous respectez les indications que je vous ai données.

 

9 – Les huiles essentielles, point tu n’ingèreras

La voie interne est la voie la plus risquée en matière d’utilisation des huiles essentielles. En effet, les huiles essentielles les plus puissantes peuvent provoquer des brûlures du le système digestif si insuffisamment diluées. Certaines sont même totalement interdites en interne, comme la gaulthérie ou wintergreen.
De plus, ce n’est généralement pas la voie la plus intéressante. Effectivement, une HE appliquée sur les veines du poignet passe dans le sang immédiatement et dans tout le corps en 20 minutes. A l’inverse, une HE ingérée sous la forme de gélules gastro-résistantes va devoir passer tout le système digestif avant d’être libérée.
Je ne recommande les huiles essentielles en interne que sous la forme de gélules gastro-résistantes vendues en pharmacie (exemple : Pranarôm). Celles-ci sont utiles pour des infections assez puissantes chez l’adulte uniquement (par exemple, lors d’un voyage à l’étranger en prévention du risque d’infection alimentaire).
D’une manière générale, je vous conseillerai de ne pas prendre d’HE en interne sans l’avis d’un professionnel compétent.

Je vous conseille de privilégier les eaux florales, moins concentrées, pour les troubles d’ordre digestif et les infections virales ou bactériennes. (Je peux vous recommander les plus adaptées en fonction du problème)

 

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2 lecteurs ont aimé cet article, merci à vous 🙂

8 thoughts on “Huiles essentielles, attention danger !”

  1. Super article merci !! J’en utilise à tout va en faisant attention car je sais que ça peut être nocif donc là au moins je sais à quoi faire attention en particulier 🙂

  2. Très instructif en effet ce fut ! Du coup, quelques questions j’ai à te poser.

    À différentes reprises, on m’a conseillé la menthe poivrée pour les grosses migraines, en l’occurrence une goutte que je frotte entre deux doigts pour l’appliquer sur les tempes. À en croire ton article, je ne devrais plus le faire, je me trompe ? Et dans ce cas, que conseilles-tu à la place pour calmer une migraine insupportable qui m’empêche de tolérer quelconque lumière ou son ?

    Par ailleurs, j’utilise parfois une goutte d’HE de lavande vraie bio Aroma-Zone (je suppose que c’est de ce site que tu parlais ^^) sur le plexus quand je me couche. A priori pas de souci avec ce geste, mais selon toi quelle serait la fréquence d’utilisation à ne pas dépasser ?

    Et dernière question, après je ne t’embête plus ^^ Est-ce que tu aurais éventuellement un mémo (genre page A4 que chacun-e puisse imprimer) des huiles par type de toxicité, type de danger, etc. ? Je ne sais pas si je suis claire ^^

    1. En ce qui concerne la menthe poivrée, as tu déjà essayé de simplement la respirer ? Ce n’est pas la plus dangereuse des HE à cétones, donc si ce n’est pas fréquent et en dernier recours, tu peux faire ce que tu fais. En revanche, plutôt que de la mettre pure, je préparerais un flacon d’huile avec L’HE diluée. Essaye à 10% et si ce n’est pas assez efficace dis moi.
      En dehors de ça, qui reste purement symptomatique, il y a beaucoup de choses à faire en naturopathie pour soulager les migraines, on peut en parler ensemble !

      Pour une huile essentielle comme la lavande, même si c’était une fois par jour, si c’est une goutte et que tu n’abuse pas des huiles essentielles par ailleurs c’est OK. Ceci dit, pour bien dormir, une goutte sur l’oreiller peut suffire dans la plupart des cas. Et si c’est fréquent là encore ça peut valoir le coup de travailler sur le sommeil plus en profondeur en naturo.

      Je n’ai pas de memo à te conseiller, mais ce serait effectivement utile, je le note dans ma longue liste de choses à faire ! 😀

  3. Hello !
    Je viens de lire ton article après avoir ingéré une goutte d’HE ravintsara sur une cuillère de miel… Est-ce que cette HE est une exception par voie orale ?
    Il m’arrive aussi d’avaler une goutte de menthe poivrée lors de nausées/gros repas, est-ce que tu le déconseille ?

    Merci en tout cas pour cet article qui permet d’y voir plus clair avec tout ce qu’on lit ou entend de sources non pro 😉

    1. Le ravintsara n’a pas grand intérêt en interne par rapport à une application sur la peau. Pour quelle raison l’as tu pris ?

      Pour éviter la menthe poivrée trop souvent, au vu de sa légère neuro toxicité, je te conseille plutôt l’argile verte (si intoxication alimentaire ou gros repas qui ne passe pas) ou blanche (si douleur à la digestion, car elle a un effet “pansement” et calmant sur la muqueuse), et si trouble digestif avec nausée plutôt une tisane de mélisse (ou 1 cuillère d’eau florale de mélisse dans un verre d’eau).

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